Guilbeault : « Cette mobilisation citoyenne est très importante »

Équiterre est l’un des principaux organismes voués à la protection de l'environnement au Canada. Il s’agit de la concrétisation du rêve de jeunes universitaires passionnés d’environnement, à leur retour de la conférence de Rio il y a 25 ans. Nous avons interviewé l’un des cofondateurs, Steven Guilbeault, qui est maintenant porte-parole et directeur principal depuis 10 ans de cet organisme établi à Québec, Montréal et Ottawa et fort de 140 000 membres et sympathisants au Québec et aussi à l’extérieur de cette province.

Steven, qui a aussi travaillé pendant dix ans à Greenpeace, a toujours été près d’Équiterre. Il y consacre la majorité de son temps aux politiques publiques entourant la lutte contre les changements climatiques, les transports durables et les questions énergétiques. Il a notamment participé en 1995 à la première conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, la COP 1.

Équiterre a joué un rôle de premier plan dans l’adoption de la taxe sur le carbone et du premier Plan d’action du Québec pour la lutte contre les changements climatiques. Cet organisme est aussi membre fondateur de Switch, l’Alliance pour une économie verte au Québec.

Steven Guilbeault/wikimedia commonsSteven travaille beaucoup avec le gouvernement fédéral, et aussi avec les municipalités, il donne des entrevues et il prononce une trentaine de conférences par année. Il favorise le transport actif, le vélo, la marche et le transport collectif.

L’inertie des systèmes est à ses yeux le principal obstacle. Steven affirme que, dans une société qui répond depuis des décennies au besoin de transport en construisant des autoroutes et des ponts, il est difficile de faire comprendre aux décideurs qu’on peut transporter les gens autrement que dans des véhicules individuels.

Il considère également le manque de connaissances des questions environnementales comme un autre obstacle grave, d’où le besoin de faire de la sensibilisation et de l’éducation au sujet des changements climatiques et de la pollution atmosphérique.

Steven rappelle que ceux qui se préoccupaient des changements climatiques il y a 25 ans étaient perçus comme des genres d’extra-terrestres, d’inventeurs de problèmes qui voulaient faire peur aux gens et d'alarmistes.

Il croit par ailleurs que ces perceptions sont devenues des exceptions aujourd’hui, soulignant comment les décideurs, la population et les différents acteurs de la société, dans les domaines tels que la santé, la finance et le secteur privé, parlent maintenant d’adaptation aux changements climatiques et d’émergence de l’énergie verte.

Steven ne croit pas que les groupes écologistes soient les seules sources de cette prise de conscience. Il considère cependant que nous n'en sommes qu'au début de la mise en place de solutions et d’une vision du développement de notre monde, différente de celle que nous connaissons depuis 40 ou 50 ans.

Il rapporte que des élus lui ont souvent dit qu’il avait raison, qu’ils étaient d’accord avec lui, mais qu’ils ne pouvaient rien faire et que l’automobile, le pétrole, sont trop importants, que les gens vont continuer de les utiliser.

Steven se souvient d’ailleurs d’une discussion entre quelques écolos canadiens en compagnie de Paul Martin et de deux autres ministres, vers 1996, où M. Martin disait que les gens allaient continuer d’utiliser leurs voitures, affirmant sincèrement qu’on ne pouvait pas changer cela.

Steven dit par ailleurs que, comme on le voit maintenant, lorsqu’on offre d’autres options de transport aux gens, comme à Vancouver, Toronto et Montréal, on se déplace alors autrement qu’en voiture. Il ajoute cependant qu’il faut donner ces options-là.

Il a rencontré des politiciens qui n’avaient tout simplement jamais cherché à comprendre les changements climatiques, étant convaincus que ce n’était pas vrai, qu’il n’y avait pas de problème, que c’était une invention.

« On avait beau leur énoncer tous les arguments imaginables, leur opinion était faite, dit-il. Les faits n’avaient aucune importance pour eux, et ça, c’est évidemment très difficile quand on ne peut argumenter et discuter sur des bases factuelles et qu’on s'en tient à des bases émotionnelles : c’est un problème. »

S’il considère que le gouvernement Trudeau se livre en partie à un exercice de relations publiques, il le voit cependant comme un gouvernement d'une profondeur beaucoup supérieure à d’autres, regroupant nettement plus de gens que jamais auparavant qui comprennent aussi bien les enjeux tels les changements climatiques, l’innovation et les nouvelles technologies, les énergies renouvelables et l’économie verte.

Steven base son affirmation entre autres sur des faits comme les 25 milliards de dollars que le gouvernement s’est engagé à consacrer au développement du transport collectif au Canada. À sa connaissance, c’est l’engagement le plus important jamais pris par le gouvernement fédéral en termes de développement des infrastructures de transport collectif dans toute l’histoire du pays.

Il s'agit de 25 milliards pour une infrastructure verte, de la part d’un gouvernement qui comprend ces enjeux, mais qui croit probablement plus que nous sommes encore dans l’économie du pétrole et qu’il faut continuer d’y d’investir parce qu’il y a beaucoup d’emplois en jeu.

« Et nous, ce qu’on essaie de leur dire, c’est qu’il faut faire des choix, qu’on ne peut pas espérer développer une économie du 21e siècle tout en continuant d’encourager celle du 19e siècle. Ça ne peut pas fonctionner... », d’affirmer.

Steven estime qu’il existe beaucoup de leadership en matière d’environnement, affirmant par ailleurs que les lobbys en place sont encore très très puissants, comme ceux du pétrole, de l’automobile et du gaz naturel, et sont des organisations bien préparées, avec de bons réseaux de contacts.

Il croit que, même si le gouvernement est convaincu de la nécessité d’agir à l'égard des changements climatiques, la classe politique n’est pas prête à « faire les choix qui s'imposent ». Et Steven se demande comment y arriver. Est-ce que c’est en leur faisant comprendre l’urgence de la situation? Il dit ne pas être certain que l’ensemble de la classe politique saisisse cette urgence, à quel point les changements climatiques que nous connaissons sont importants, qu’ils vont avoir des impacts profonds et en quoi nous sommes très mal préparés.

Steven parle des ventes de véhicules électriques au Canada et au Québec, la province championne à cet égard, mais où ces véhicules représentent seulement environ 1 % des ventes totales de véhicules, alors que la Norvège affichait une proportion de 38 à 42 % à cet égard en juin dernier.

« Alors ça va changer très vite, dit-il, et je ne pense pas que nos politiciens comprennent bien à quel point nous sommes mal préparés. »

Il parle d’un enjeu à la fois environnemental et économique, d’emplois et de la nécessité de faire beaucoup d’éducation et de sensibilisation auprès de nos politiciens.

Steven termine en disant qu’il est très important que la population, les gens, se fassent entendre des élus. Plus les élus locaux, régionaux et nationaux entendront parler de changements climatiques, de nouvelle économie et d’électrification des transports, plus il sera facile de faire avancer ces dossiers-là sur le plan des politiques, des lois et des règlements. Et, d’affirmer Steven : « Cette mobilisation citoyenne est très importante; en fait, c’est la clé. Sans ça, c’est difficile de voir comment on va y arriver. »

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